Pour parler d’alliance thérapeutique aujourd’hui, on ne peut pas ignorer les très nombreuses études menées sur le sujet, l’apport de l’analyse systémique, le travail des TCC, et les recherches de nos confrères dans le domaine de l’hypnothérapie. Le terme d’alliance thérapeutique est employé pour la première fois par Freud lui-même en 1913. Freud insistait déjà sur la nécessité d’une alliance entre le thérapeute et son patient pour que la thérapie soit efficace.
Depuis Freud, cette notion a évolué et a été étendue non seulement à la relation psychothérapeutique, mais à toute relation soignant-soigné. Elle est enseignée par exemple dans les écoles d’infirmières. Aujourd’hui où l’on cherche à mieux comprendre ce qui est efficace dans un processus de psychothérapie, où l’évaluation des psychothérapies est devenue un objectif important, il apparaît particulièrement nécessaire de s’intéresser
à cette composante de la relation.
Toutes les études concluent que l’alliance thérapeutique est indispensable au succès du soin et de la thérapie, voire qu’elle est même plus importante que la méthode employée. Elles ont fait ressortir quatre critères principaux de l’efficacité d’une thérapie : l’implication et la détermination du patient : dans une proportion de 40% ; la qualité de l’alliance thérapeutique entre le patient et le thérapeute : 30 % ; la confiance en l’efficacité du traitement (incluant l’effet placebo) : 15 % ; la spécificité de l’approche thérapeutique privilégiée : 15 %
Toutes les études concluent que l’alliance thérapeutique est indispensable au succès
du soin et de la thérapie, voire qu’elle est même plus importante que la méthode employée.
Nous allons donc nous attacher à définir ce qu’est l’alliance thérapeutique, comment la créer et la mettre en place, et, bien sûr, cela n’aurait pas de sens si nous ne partions pas de l’hypothèse qu’elle est indispensable à la réussite de la thérapie. Dans la vie quotidienne, nous évaluons notre interlocuteur dès les premières secondes d’une relation, ainsi que le montrent les études de la psychologie sociale. Evaluer signifie non seulement apprécier la
sympathie ou l’antipathie qui se dégage de la relation, mais aussi savoir intuitivement quel va être le comportement le plus adéquat avec la personne qu’on rencontre. Ce ressenti spontané est évidemment à l’œuvre dans la première rencontre en psychothérapie. Et il faut tenir compte du ressenti des deux personnes en présence, thérapeute et patient. L’alliance thérapeutique commence au premier rendez-vous, voire au premier regard ; mais elle n’est pas établie une fois pour toute. Elle est soumise aux fluctuations des sentiments humains ; il faut donc veiller à la maintenir tout au long de la relation : sans alliance, il n’y a pas de thérapie possible. Charly Cungi nous rappelle que la structure d’une psychothérapie devrait être par essence collaborative. Mais le rapport collaboratif ne devrait pas être au premier rang de la relation : « l’alliancethérapeutique doit devenir un instrument au service de la psychothérapie » (C. Cungi), de façon que le patient et thérapeute puissent travailler la main dans la main pour résoudre les problèmes posés par la thérapie. Le but de l’alliance thérapeutique est d’amener le patient à se prendre en charge, à trouver ses propres solutions pour améliorer sa vie. Mais de quoi se compose-t-elle ? Référons-nous à Carl Rogers qui définit de la sorte les qualités indispensables du thérapeute : l’empathie, l’authenticité et la chaleur humaine. Commençons par l’empathie. Le thérapeute doit comprendre son patient et son mode de fonctionnement, sans porter de jugement, sans se laisser aveugler par ses propres affects et sa propre façon de voir les choses. Si le thérapeute se retranche derrière un savoir intellectuel ou une classification livresque des problèmes de son patient, il n’a aucune chance de nouer une alliance avec celui-ci. Mais bien sûr l’empathie du thérapeute ne serait rien d’autre qu’une écoute amicale si le thérapeute ne disposait pas aussi d’une dimension professionnelle, grâce à ses études, à ses lectures, à ses apprentissages, à son expérience. L’empathie n’est pas non plus la sympathie au sens étymologique du terme : syn/patior = souffrir avec. Si le thérapeute s’identifie à la souffrance de son patient,ou pire projette ses propres problèmes sur son patient,déforme ce que ressent le patient pour l’adapter à son ressenti propre, l’alliance ne peut pas se mettre en place et ne se mettra jamais en place. Nouer l’alliance exige donc que le thérapeute ne soit pas projectif, c’est-à-dire qu’il sache où sont ses propres zones d’ombre, distinctes de celles de son patient ; qu’il sache reconnaître quelles zones d’ombre sont réveillées chez lui par les propos du patient. Il ne s’agit pas en effet d’imaginer qu’un thérapeute n’a pas de problème ou qu’il les a tous résolus. Mais le thérapeute digne de ce nom doit savoir reconnaître et distinguer sa propre souffrance de celle de son patient, sans faire d’amalgame. Cela implique que le thérapeute ait fait une thérapie personnelle, que tout soignant (médecin, infirmier, etc.) en ait fait une aussi de façon à ne pas imposer ses propres façons de penser mais à être à l’écoute de celles de son patient.
